Chaque hiver, des centaines de dauphins communs s'échouent sur les plages du golfe de Gascogne et de Bretagne, le plus souvent à la suite de captures accidentelles par des engins de pêche, en particulier le chalut pélagique. Ces mortalités sont documentées par des réseaux scientifiques et associatifs, qui publient des comptages et des estimations. Une campagne sur les captures accidentelles rassemble en français l'essentiel de ces informations, du fonctionnement des engins aux démarches possibles.

Combien de dauphins s'échouent chaque année sur la côte atlantique et pourquoi ?

Les échouages de dauphins communs sur le littoral atlantique français présentent une forte saisonnalité : ils culminent entre décembre et avril, avec un pic souvent observé en février et mars. Cette période coïncide avec la présence de bancs de dauphins dans le golfe de Gascogne, où ils viennent se nourrir, et avec l'activité de pêche qui cible alors certaines espèces dans les mêmes zones.

Le chiffre des cadavres retrouvés sur les plages ne représente qu'une fraction de la mortalité réelle. Une partie des animaux morts en mer coule ou dérive au large sans jamais atteindre le rivage. Les scientifiques appliquent donc des coefficients de correction pour estimer le nombre total de captures accidentelles. Le résultat de ces estimations se compte en milliers d'individus par an pour le dauphin commun dans le golfe de Gascogne certaines années, un ordre de grandeur régulièrement relayé par les observatoires et les médias.

Les causes majoritairement identifiées sur les carcasses autopsiées sont les captures dans des filets et des chaluts : les animaux se retrouvent pris dans les engins, ne peuvent plus remonter respirer et se noient. Le dauphin commun est l'espèce la plus touchée, mais le golfe de Gascogne et les eaux françaises abritent sept espèces de delphinidés, dont plusieurs fréquentent les mêmes zones de pêche.

Qu'est-ce que le chalut pélagique et quel est son rôle dans ces captures ?

Le chalut pélagique est un filet remorqué en pleine eau, contrairement au chalut de fond qui travaille près du sol marin. Il se présente comme un entonnoir géant tiré par un ou deux navires, qui cible des bancs de poissons comme le bar, la sole ou certaines espèces pélagiques. En pêche jumelle, deux bateaux tractent ensemble un chalut de très grande ouverture, ce qui permet de couvrir un volume d'eau considérable.

Son rôle dans les captures accidentelles tient à cette caractéristique : le chalut pélagique se déplace dans la couche d'eau où chassent aussi les dauphins. Les animaux peuvent être entraînés dans le sac du filet ou heurtés par les panneaux d'ouverture. Les observations en mer, les autopsies des échoués et les déclarations de pêcheurs convergent pour désigner ce type d'engin, avec le filet tramail et le filet droit, parmi les principales sources de mortalité hivernale du dauphin commun sur la côte atlantique.

Le sujet est débattu entre professionnels de la pêche, scientifiques et associations. Les pêcheurs rappellent que les captures accidentelles ne sont pas volontaires et que d'autres facteurs, comme les conditions de mer ou la présence naturelle des dauphins, influencent les échouages. Les données disponibles permettent néanmoins d'établir un lien documenté entre l'effort de pêche au chalut en hiver et les vagues d'échouages constatées à terre.

Que faire si l'on découvre un dauphin échoué sur une plage ?

La première règle est de ne pas toucher l'animal sans précaution et de ne pas tenter de le repousser à l'eau. Un dauphin échoué, même vivant, est souvent affaibli ou blessé : le remettre à la mer sans examen peut aggraver sa situation. Un cétacé peut aussi mordre et transmettre des agents pathogènes, aussi est-il conseillé de garder ses distances et de tenir les chiens en laisse.

Les gestes utiles sont simples. Noter l'endroit exact, l'état apparent de l'animal, vivant ou mort, sa taille estimée et, si possible, prendre des photos de l'ensemble du corps et de la tête. Puis alerter le réseau d'échouages compétent : en France, le Réseau National Échouages, coordonné par l'Observatoire PELAGIS, relaie les alertes vers les correspondants locaux formés. Les services de secours ou la mairie peuvent aussi être contactés si l'animal est vivant et que la marée monte.

Chaque signalement compte : les carcasses autopsiées fournissent des données sur les causes de mortalité, l'âge des animaux et leur état sanitaire. Ces informations alimentent les estimations officielles de captures accidentelles et les débats réglementaires. Le site de la campagne citée plus haut détaille la conduite à tenir pas à pas, avec les numéros utiles et les informations à relever.

Quelles solutions sont testées pour réduire les captures accidentelles ?

Plusieurs pistes sont à l'étude ou en expérimentation, en France comme à l'étranger. Les dispositifs répulsifs, appelés pingers ou pingeurs, émettent des signaux acoustiques qui éloignent les dauphins des filets. Leur efficacité varie selon les espèces et les engins, et leur déploiement pose des questions de coût et d'entretien, mais ils figurent parmi les mesures les plus étudiées.

D'autres approches visent l'adaptation des pratiques : modifications des mailles de filet, changements de zones ou de horaires de pêche selon la présence des dauphins, systèmes d'observation embarquée avec remontée d'alertes. À cela s'ajoutent des expérimentations de dispositifs d'exclusion dans les chaluts, destinés à laisser une issue aux capture accidentelles de mammifères marins. Les résultats sont contrastés et la recherche continue.

Sur le plan réglementaire, la France dispose d'un cadre qui encadre les captures accidentelles de mammifères marins protégés, avec des obligations de déclaration à bord. L'Union européenne a pour sa part interdit les filets dérivants, historiquement responsables de mortalités massives. Des recours contentieux et des pétitions ont également été engagés par des ONG pour obtenir des fermetures temporaires de pêche ou des mesures contraignantes, avec des résultats partiels à ce jour.

Où trouver des informations vérifiables sur le sujet ?

Face à un sujet médiatisé et parfois confus, il est utile de distinguer les sources. Les comptages d'échouages et les estimations de mortalité sont publiés par des organismes scientifiques, dont l'Observatoire PELAGIS en France. Les documents réglementaires européens et français sont accessibles en ligne. Enfin, des campagnes citoyennes compilent chronologies, sources et démarches pratiques, à l'image du site mentionné en introduction, qui s'adresse aux riverains du littoral, aux bénévoles associatifs et aux citoyens cherchant des informations vérifiables.

Pour un habitant du littoral atlantique, le réflexe essentiel reste le même : noter, photographier et alerter en cas d'échouage. Chaque signalement documenté améliore la connaissance du phénomène et, à terme, l'évaluation des mesures de protection.